Le regard d’un enfant ...
Hoàng Ngâu Christine Trần Đức
Ce soir, j’ai achevé la traduction de ce magnifique poème. Pour ceux qui ne connaissent pas le contexte historique de celui-ci, je tiens à dire qu’il narre les évènements dans l’année de 1975, année où les communistes commencèrent leur régime. Le frère aîné de maman est l’auteur de ce texte.
Au début, j’avais du mal à comprendre le sens, l’émotion profonde de celui qui a écrit ces mots, mais avec les récits de ma mère, la cruauté des communistes, le ‘’boat people’’, la situation presque désespérée là bas, et aussi ce que j’ai pu apprendre à l’école, j’ai cru comprendre, peut être un peu plus, et j’ai donné avec mes mots, ceux d’un enfant, une fraction sans doute de l’émotion réelle de mon oncle, afin de partager mes émotions avec tous ceux qui se souviennent encore de ces événements.
Pour moi, enfant née en France, le communisme ? La démocratie au VietNam ? Tout cela était assez flou. Je les ai connus à travers la participation de ma famille dans le parti Viêt Tân qui lutte pour la démocratie au VietNam. Je pense que leur cause est bonne. Sans doute est ce pour ça que mon oncle a dit « Hạnh phúc không là những hạnh phúc riêng tư »(Que le bonheur n’appartienne pas qu’à soi.). Mais, si je voulais vraiment savoir ce que cette phrase voulait dire, il aurait fallu que je regarde de l’autre côté du monde, et mes yeux ne portent pas jusque là.
Mais à présent, c’est comme si la réalité avait pris une part du passé et me l’avait jeté à la figure. Tout d’un coup, je ressens l’immense implication de tous ceux qui se battent pour que les choses changent. Je vois autour de moi, la lutte et l’inquiétude pour la première fois.
Le 17 novembre 2007, mon oncle et ses camarades se sont fait arrêter arbitrairement au Viêt Nam. ‘’Avant leur arrestation, ils avaient pris part à des discussions avec d’autres militants pour la démocratie sur la promotion de changements démocratiques pacifiques.’’
- Dr. Nguyen, Quoc Quan, mon oncle, citoyen américain
- Mme Nguyen, Thi Thanh Van, citoyenne française
- M. Truong, Leon (Van Ba), citoyen américain
- M. Nguyen, The Vu, citoyen vietnamien
- M. Nguyen, The Khiem, citoyen vietnamien
- M. Khunmi, Somsak, citoyen thai
Je compte 6 personnes dont on a plus aucune nouvelle. Innocents, c’est ainsi que je vois toutes ces personnes, injuste, c’est ainsi que je vois leur situation. Leur crime aura été d’aimer leur pays. Est-ce que la démocratie est un crime ? Je ne sais pas, je ne pense pas mais je sais que celui qui a enduré tant de choses, qui s’est battu jusqu’à l’emprisonnement pour ce que chez nous on appelle la démocratie, ne peut pas être un criminel. Je dis que c’est injuste mais y a-t-il une justice dans tout cela ? Certains l’ont espéré et maintenant je sais qu’ils survivent dans l’injustice.
Après ça, j’en appelle à tous ceux qui se sentent concernés de réagir, que ce soit comme moi qui ai écrit ma colère ou autrement afin d’obtenir la libération des prisonniers pour que plus tard, nous puissions avoir un pays qui respecte la démocratie. Enfin, je vous adresse un grand merci, en tant que nièce d’un prisonnier et jeune Vietnamienne envers ses compatriotes.
21 Novembre 2007,
Hoàng-Ngâu Christine Tran-Duc
Ce soir ton souvenir revient… Mère… -
Mes frères me manquent, mes sœurs me manquent, tu me manques…
Votre souvenir, incandescent, brûle mon cœur…
Dehors, le ciel se couvre des nuages gris de l’hiver,
Et malgré la porte fermée, ils recouvrent mon cœur de leur manteau de givre,
Laissant mon corps au chaud et mon âme à l’ombre.
Les flocons s’entassent tandis que j’écoute la plainte monocorde du radiateur.
Alors, ce sifflement chargé de ma solitude se confond avec le souffle
envahissant du vent, la nuit tombée.
Mes yeux errent sur le gris du ciel au travers de la fenêtre,
Mon esprit rêve, en un rêve éveillé, que dans le soleil couchant,
doré de milles feus, je te vois, toi.
Cette image dans son mutisme semble me raconter,
Que tu m’aimes, et ton amour me protège,
Taisant les pleurs de tes soucis dans son silence.
Comment pourrais-tu ne pas être triste ?
Une mère attend souvent le noir de la nuit pour pleurer.
Pleurer ses enfants au loin, laisser sa tristesse refoulée dériver vers la mer
où dérivent ses petits.
Seule dans la lueur de la lune, elle se rend compte
de ses faiblesses, de ses angoisses, de sa colère,
Seule dans la lueur de la lune, elle veille sur ceux qui ne sont pas encore partis,
Ceux qui dorment encore d’un sommeil paisible.
Je me rappelle, encore la chaleur de tes étreintes,
la douceur de ces mains qui berçaient mon enfance,
Quand cette douceur déliait mes cheveux et essuyait ma sueur,
Comme maintenant tu essuies mes larmes.
Et même quand vient l’âge d’homme et de raison,
Je porte encore ton affection, comme étant enfant, comme avant.
Ce soir ton souvenir revient… Mère…
J’ai réfugié mon âme désespérée dans le vide de l’oubli, l’ai brisé et
l’ai éparpillé dans l’univers.
Mes souvenirs se font poussière dans l’écume de l’océan,
Et c’est de mon fait...
Je prends conscience de la raison pour laquelle je te quitte.
Je me suis embarqué sur un bateau de haine, et de rage,
Et plus la terre se fait lointaine,
plus mon cœur saigne pour mon pays.
Et, autant que les vagues grandissent,
Mon esprit se tend vers vous.
J’offre mon visage au ciel déchiré, je plonge mes yeux dans la mer déchainée,
Et là, dans l’obscurité, je vois l’avenir qui me tend les bras,
J’entends la vie qui m’appelle sur ses pas.
Attends-moi Maman.
Je te promets la joie de la fierté, mon cœur se fait de pierre et mon courage s’ensuit.
A présent, je ne suis plus seul à me dresser contre les vaques, tu es là,
mon pays est là, et pour tout cela,
Ma force ne faiblit plus.
Mes jours de malheur s’effacent dans les chiffres de mes calculs,
Et porte avec moi le poids de mes difficultés, les + et les -,
par lesquels s’expriment le souffle de ma détermination.
Ne t’inquiète pas pour moi maman,
« Que le bonheur n’appartienne pas qu’à soi. »
Cette solution à mes calculs, je ne l’espère pas, Je l’ai su,
je l’entendais déjà au fond de ton cœur depuis tant d’années.
Mes frères, mes sœurs, attendez-moi.
Soyez sages pour le bonheur de notre mère,
Tant de choses que notre famille a déjà perdues…
Gardez dans votre cœur ces instants d’émotions.
Et déjà, le crépuscule illumine une ultime seconde l’horizon
avant de le léguer à la flamme des étoiles,
Je m’arrête ici, je vous embrasse et je vous aime.
Auteur : Nguyen Quốc Quân
Traductrice : Hoàng Ngâu Christine 14 ans
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