Le Vietnam est pris entre répression et réforme
Shawn W Crispin (Asia Times Online)
La répression continuelle du Vietnam à l’encontre des groupes favorables à la démocratie est entrée dans une phase de volatilité avec l’incarcération récente d’un groupe de ressortissants étrangers, un développement imprévu qui a tendu les relations bilatérales entre son ancien adversaire de guerre et aujourd’hui partenaire pivot pour le commerce et les investissements que sont les Etats-Unis.
Le 17 novembre, la police vietnamienne a arrêté et placé en détention un groupe de six militants pour la démocratie affiliés au parti démocratique mais non sanctionné, Viêt Tân. Les militants d’origine vietnamienne – parmi eux, un chercheur en mathématiques américain, une journaliste française et un citoyen thaïlandais – ont été arrêtés alors qu’ils remettaient des brochures expliquant et promouvant la lutte non-violente pour le changement démocratique.
Le gouvernement, à travers les médias officiels contrôlés par l’Etat, a reconnu l’incarcération de certains de ces activistes, mais pas tous. Dans une tentative maladroite de détourner les critiques des Etats-Unis, les propagandistes communistes ont manipulé sur le site Internet du journal porte-parole de l’Etat Sai Gon Giai Phong, des images du détenu américain Nguyen Quoc Quan qui ont initialement été publiées le montrant porter un maillot de prisonnier rayé, mais qui ont plus tard été remplacées par des images de lui portant un t-shirt blanc. Les articles qualifient la nationalité de Quan d’ « inconnue ».

- Nguyen Quoc Quan
Les autorités ont en même temps essayé de peindre le parti démocratique Viêt Tân, qui a des membres tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Vietnam, comme une organisation terroriste s’efforçant de perpétrer des actes violents et de causer des troubles – charges que le parti a fermement démenties dans un communiqué public. La seule preuve offerte pour appuyer les accusations de terrorisme est l’arrestation de deux Américains d’origine vietnamienne – six jours après que les militants du groupe Viêt Tân ont été arrêtés – qui ont été accusés d’essayer d’entrer au Vietnam avec une arme à feu. Le Viêt Tân a nié toute association avec les deux suspects.
Aucun des obscurcissements de la presse officielle du Parti communiste au sujet des arrestations ni aucune des fausses charges manipulées à l’encontre du parti Viêt Tân n’ont leurré l’ambassade américaine à Hanoi, selon une source familière avec la situation. Le député américain, secrétaire d’Etat pour les Affaires d’Asie de l’Est et du Pacifique, Scott Marciel a récemment annulé une visite prévue au Vietnam pour protester contre les détentions. Il est encore difficile de dire si Washington envisagerait d’imposer certaines formes de sanctions économiques, si les militants de nationalité américaine sont détenus indéfiniment.
L’administration de George W. Bush était au début de cette année passée de ses précédentes politiques de conciliation à une évaluation beaucoup plus critique. Bush avait rencontré à la Maison Blanche des hauts dirigeants du Viêt Tân et par la suite réprimandé le président vietnamien Nguyen Minh Triet sur le record catastrophique de violations de droits, durant son éminente visite à Washington – encensée par les médias de l’Etat vietnamien comme une victoire diplomatique.
Un timide réformateur
Désormais la soudaine internationalisation de la répression par le Parti communiste à l’encontre du mouvement – certes naissant mais déterminé - pour la démocratie du Vietnam a mis le leader en titre de la nation, le Premier ministre Nguyen Tan Dung, aux mains d’un dilemme aux répercussions potentiellement dommageables.
Beaucoup avaient espéré que lors de la nomination de Dung au poste de Premier Ministre en avril 2006, son gouvernement prendrait une approche plus éclairée envers les droits démocratiques et les libertés civiles. Rompant avec l’ère post révolutionnaire Ho Chi Minh – durant laquelle le gouvernement a plutôt été dirigé par des comités sans visage que par des leaders charismatiques - Dung s’est lui-même dépeint comme un réformateur, et a mis son cachet d’autorité personnelle sur une administration de genre « nouvelle génération ».
Il a exploité cette autorité afin de faire pression pour plus de réformes économiques et financières, y compris la rationalisation des règles et des règlements relatifs au commerce extérieur et aux investissements en conformité avec les nouveaux engagements de libéralisation du pays en tant que membre à part entière de l’Organisation mondiale du commerce. Dung s’est également orienté vers le renforcement de l’image globale du pays en se présentant comme le leader d’un nouveau Vietnam, rompant avec la tradition rigide du parti communiste incarnée dans ses prédécesseurs.
Dans le même sens, il s’est également fait le fer de lance d’une restructuration depuis l’intérieur du Parti communiste vieux de 77 ans, son but principal étant d’attirer davantage de capitaux étrangers et de redéfinir leur rôle dans la transition en cours du communisme au capitalisme. Cela aurait même selon des sources créé un débat interne sur le fait que le parti devrait envisager un changement de nom. Des sources médiatiques non confirmées ont rapporté que les cadres du parti hésitaient entre "Parti travailliste" ou "Parti du peuple" comme possibles alias.
Redéfinir le parti est clairement une opération politiquement délicate et compliquée, d’autant plus que la légitimité de l’actuel régime monolithique repose en grande partie sur son passé révolutionnaire. La révolution capitaliste du Vietnam, en contradiction avec la philosophie traditionnellement égalitaire du parti, a causé des bouleversements sociaux et économiques et a conduit à l’enrichissement rapide des cadres à travers leurs projets commerciaux.
Même avec une croissance économique rapide, le régime montre des difficultés croissantes à maintenir la balance sociale et économique. Par exemple, l’année dernière, le gouvernement a été confronté à de multiples et parfois violentes grèves d’ouvriers demandant une augmentation du salaire minimum national. Dans une rare concession à la demande populaire, le gouvernement a finalement cédé à la revendication des travailleurs, au désespoir de l’usine propriété d’investisseurs étrangers qui s’étaient délocalisés au Vietnam pour profiter des taux de salaires peu élevés.
Il est pourtant certain que sous la surveillance de Dung se sont produits certains signes de relâchement politique, quoique toujours selon les règles et conditions du parti. Plus tôt cette année, Dung a répondu à des questions du grand public à travers un forum de discussion online. Ce mois-ci, il a introduit pour la première fois une séance de questions-réponses similaire lors de la traditionnellement opaque Assemblée nationale du Vietnam, le Parlement du pays élu par le Parti communiste.
Le Ministre de l’Education, Nguyen Thien Nhan, a été incendiée de questions par les citoyens au sujet de ses politiques, qui ont récemment abouti à la chute des taux de réussite aux examens dans de nombreuses provinces, tandis que le Ministre des Finances Vu Vanh Ninh était mitraillé de questions encore plus sévères au sujet d’un projet nation de e-governement que Dung a fait cesser en raison de détournements de fonds, selon un récent rapport de la Fondation Asie.
En même temps, le gouvernement de Dung, et peut-être encore de manière plus importante le bureau politique du Parti communiste, continue de traiter le mouvement vietnamien pour la démocratie bourgeonnant comme une menace pour la sécurité plutôt que comme une potentielle opportunité de réforme. Fait soulignant les mauvaises dispositions du régime : le chef de la sécurité publique a été élevé au second poste le plus important du Politburo lors du Congrès du Parti communiste de cette année, ce qui le place maintenant au-dessus à la fois du Premier ministre et du président et seulement derrière le secrétaire général du Parti.
Ceci réaffirme le ferme engagement du parti communiste envers un état policier institutionnalisé il y a plus de trente ans pour retrouver les suspectés partisans de l’ancien régime du Sud-Vietnam soutenu par les Américains et qui a depuis été déployé de manière à supprimer toute velléité d’opposition politique à son encontre. Ce qui est plus difficile à dire c’est si ces tactiques inflexibles fonctionneront de la même manière à l’égard d’une nouvelle génération de Vietnamiens engagés politiquement qui ne sera pas si facilement embobinée par la diabolisation des idées et des idéaux influencés par l’Occident.
Un leader du Viêt Tân, Duy Hoang, lui-même un citoyen américain, affirme que les récentes mesures répressives du gouvernement ciblant des groupes en faveur de la démocratie comme le sien ont vraiment encouragé d’autres à se joindre à la lutte non violente de son parti en faveur du changement démocratique, ce qu’il compare à la campagne de désobéissance civile menée par l’opposition démocratique, porteuse du Prix Nobel de la Paix, en Birmanie. Si les autorités vietnamiennes continuent de détenir des citoyens américains dans le cadre de leur répression à l’encontre de la démocratie, Washington pourrait bientôt être amené à voir la situation de la même manière.
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